Dimanche 31 octobre 2010
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Par GULLIVER
L'état-major allemand serait-il adepte de la pédagogie de la catastrophe ? Ce semble être le cas dans le récent rapport de l'armée nationale de la République fédérale d'Allemagne, la Bundeswehr,
sur le pic de Hubbert publié par le Spiegel en septembre 20101. Cette centaine de pages agite les drapeaux noir de l'anarchie flottant sur un monde par trop pétroliphage. Il faut en effet
se demander quelles peuvent être les conséquences de cette pénurie énergétique et les solutions avancées.
Le déclin de la production pétrolière provoquerait pêle-mêle :
-la fin du libre marché : devenu un enjeu trop important, les relations bilatérales et l'encadrement politique des ressources énergétiques succèderont au marché actuel, libérant éventuellement
des conflits armés.
-la fin de l'État de droit : la récession, les pénuries, les paniques, la montée d'idées extrémistes pourraient menacer la démocratie nationale et la légitimité constitutionnelle.
Nous sommes bien loin des thèses de certains géographes institutionnels français qui répondent que « le pire n’est jamais sûr ; il ne tient qu’à l’intelligence de l’éviter»2. Face aux défis
globaux comme les périodes préhistoriques de glaciations et implicitement la fin de l'abondance pétrolière, les hommes « ont sans cesse migré, évolué, inventé, essuyé des défaites, mais
remporté davantage de victoires puisqu’ils sont finalement parvenus à croître et multiplier ».
Malgré leur différence de constat sur l'écologie humaine, l'un presque apocalyptique, l'autre rassurant ces hauts-gradés allemands et ces universitaires français, se rejoignent quant aux
conséquences : il est urgent d'attendre. Pour les militaires, l'Allemagne doit renforcer ses liens avec la Russie et froncer un peu les sourcils devant Israël pour être copain des Arabes.
Pour les géographes, l'homme peut, et doit, s'adapter par la techniques et la sciences.
Qui croire ? Que faire ? Comment prendre le problème ?
A vrai dire, il est malaisé à l'ignorant de prendre parti dans un débat sur les ressources réelles ou potentielles d'une énergie fossile. Et l'on peut presque affirmer que tout les gens et textes
cités ci-dessus ont en quelque sorte « raison », mais de leur seul point de vue.
Autrement dit le débat, relancé par les blocages récents de raffinerie, qu'ils posent est le suivant : « Que faire quand une ressource fossile essentielle à notre mode de vie tend à
disparaître ? » L'armée et l'université répondent : on imagine les conséquences - dont on admet la possibilité du pire - tout en souhaitant l'éviter. Et ce, en s'arrogeant des
privilèges ou en priant pour des innovations techniques.
Le simple citoyen répondra plutôt : comment faire pour s'en passer ? Le paradigme économique se déplace vers l'écologie. Au lieu de voir avec ses yeux d'humains et de demander : comment
l'environnement détermine les rapports humains ? On regarde l'ensemble de l'écosystème pour dire : comment les rapports au sein de l'espèce détermine sa relation avec l'environnement
?
Premier constat : l'Etat se finance par le pétrole. la fiscalité des produits pétroliers occupe le 5e ou 6e rang des recettes publiques en Europe. Comment, en ces temps de dettes, remettre en
cause une poule au œuf d'or ?
Deuxième constat : si le concept de classe a en quelque sorte mal vieilli, il n'en est pas moins vrai que nos sociétés, et surtout au plan mondial, sont plus inégalitaires que jamais. Or qui dit
inégalités dit croissance, ceux d'en bas voulant rattraper ceux d'en haut, et ceux d'en haut rester au dessus3.
Il faut donc espérer que les craintes de la Bundeswehr sur la disparition du marché libre et de l'Etat se réalise le plus rapidement possible afin de penser et mettre en œuvre un monde sans
énergie pétrolière. Pour se passer de pétrole, il faut arrêter de s'en servir pour accroitre les rendements dans l'agriculture, le transport, la construction, le chauffage... Il s'agit bien de
produire moins d'aliments énergivores, d'aller moins vite moins loin, de construire différemment.... c'est à dire de réorienter, de stopper ou d'inverser la croissance économique.
Mais qui le fera ?
Gageons que le contrôle de l'aménagement économique des territoires doit être le fait des habitants : une agriculture et un marché alimentaire circonscrit au niveau régional, des unités de
production énergétique (biogaz, éolien, marémoteur...) réduites et adaptées aux besoins, des construction bioclimatiques, des transports lents et mieux maillés... autant de pistes à explorer face
au déclin de la production du pétrole. Mais n'espérons pas que ces initiatives viennent du marché ou de l'Etat qui se financent par la croissance. Deux institutions dont font d'ailleurs partie
les auteurs du rapports de la Bundeswehr, comme les géographes français mentionnés.
Qu'ils annoncent la catastrophe ou qu'ils la nient, les solutions avancées maintiennent le nez dans le guidon sans jamais proposer d'appuyer sur les freins.